Échange de valeurs (Strasbourg)

L’Etoile noire de Strasbourg a proposé, le mois dernier, des séances d’initiation au hockey aux détenus mineurs de la maison d’arrêt de Strasbourg.

Dans le petit gymnase de la maison d’arrêt, ils s’en donnent à cœur joie. Pour la plupart vêtus de survêtements de football, les détenus du quartier des mineurs découvrent la pratique du hockey.
Pas sur glace, évidemment. Mais en salle. Pas de palet donc, mais une petite balle que certains savent manier habilement, autrement qu’avec la crosse dédiée.
Sweat de Manchester City sur les épaules, Bryan* n’est pas peu fier. « Depuis tout petit, je joue dans un club de foot, ça me manque un peu », glisse l’intéressé. Cet après-midi-là, huit détenus (il y en a 18 au total dans le quartier des mineurs, ndlr) sont concernés par l’initiation sportive. Volontaires pour l’activité, ils sont répartis en deux groupes de quatre. Ils ont tous entre 16 et 18 ans.
Ces mineurs, concernés par l’obligation scolaire le matin, font du sport trois fois par semaine, encadrés par des étudiants de Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives) de l’Université. « La pratique d’une activité sportive ne leur est jamais imposée. Pour ceux qui souhaitent pratiquer, elle valorise toujours un comportement positif », révèle Laurent Blanchard, responsable de l’enseignement à la maison d’arrêt de Strasbourg.

PAS QUE LE FOOT ET LA MUSCU

Le défi, c’est de faire pratiquer aux détenus une autre activité que le football – dont ils sont passionnés dans leur grande majorité – et la musculation. « Leur approche du sport est souvent un peu machiste. Pour beaucoup, elle est liée à l’apparence physique », reprend Laurent Blanchard.

La Ville est à l’initiative de cette opération : en échange de subventions, la direction des Sports propose aux clubs professionnels strasbourgeois de participer à des actions sociales ou à des séances de dédicaces lors d’événements populaires. L’intervention des hockeyeurs auprès des détenus constitue une première.

« Le sport véhicule des valeurs importantes en ce qui concerne l’apprentissage de la discipline et des règles », assure Farid Adjoudj, chef de projet sport-inclusion à la Ville. Trois joueurs professionnels de l’Étoile noire (le Canadien Dylan Denome et les Slovaques Radek Deyl et Dominik Fujerik) encadrent l’initiation. « Ils ont tout de suite dit ok, raconte le manager général Stéphane Hohnadel. Cela montre aux joueurs qu’il y a des quotidiens nettement moins drôles que le leur et qu’il y a une vie au-delà du hockey. C’est essentiel pour l’ouverture d’esprit. »


« C’EST SUPER CREVANT EN FAIT »

Au début, hockeyeurs et détenus sont intimidés. Quelques exercices collectifs plus tard, les barrières tombent. L’heure s’achève par un petit match, attendu de tous. Dans chaque équipe, il y a des mineurs et des joueurs pros. Les premiers n’en reviennent pas. « C’est incroyable comme ils jouent bien » dit, admiratif, un détenu à son camarade. À chaque but,
tous se congratulent.
« Cette activité nous permet aussi d’avoir un prolongement du côté scolaire, indique François Marsat, le professeur de français du quartier des mineurs. En parallèle de cette séance d’initiation, on a pu faire une sensibilisation au hockey-sur-glace, en apprenant les règles du jeu, en regardant des vidéos de match. Cela vient en complément du moment de pratique. »
Les détenus éprouvent le besoin de se désaltérer. « C’est super crevant en fait », juge Bryan, les mains sur les genoux. De façon informelle, ils interrogent les joueurs sur le quotidien d’un sportif de haut-niveau. « Comme ils sont passionnés de sport, ils sont très curieux de tout ça », témoigne François Marsat. D’autres séances de hockey sont déjà prévues à la maison d’arrêt.

Par Tony Perrette
* Les prénoms des détenus ont été modifiés.

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