Club sportif et construction régionale

Entre les cris de joie à chaque but, ceux qui marquent le triomphe ou la défaite, il se crée un lien émotionnel entre le jeune supporter et son club. Or, les couleurs, l’emblème de ce club sont le plus souvent l’expression de la ville, cette ville à laquelle ce jeune est socialisé. Un cercle qui doit être vertueux réunissant environnement social, appartenance au club et appartenance à la ville. Mais, cet enchainement de liens suscite chez le jeune des mécanismes de défense pour conserver son identité sociale pouvant se traduire par une rivalité entre clubs. Rivalité qui serait l’expression d’une diversité culturelle ou socio-économique. Ce lien entre construction régionale et violence est lourd de conséquences pour l’image du sport et des valeurs qu’il véhicule.

La sociologie et la psychologie nous expliquent qu’il existe un lien entre les identités personnelles et sociales et que ce lien est créé à partir du phénomène d’appartenance de l’individu au groupe. Parallèlement, le football s’est imposé comme le sport le plus populaire au monde, c’est-à-dire le moyen le plus « démocratique » pour que les territoires se comparent les uns aux autres.

Dans un tel contexte, l’appartenance à un club de football serait une manière durable pour obtenir une identité sociale assez solide. Et les villes ont compris que le football était un moyen de développer le sentiment d’appartenance et par là, l’intégration des nouveaux venus. Mais cette démarche n’est pas sans risque et elle porte en elle une zone rouge, une limite à déterminer pour que cet attachement à un club ne se transforme pas en un hymne à l’intolérance.

Les changements sociétaux, les crises sociales et économiques, favorisent les replis sur soi, les rejets de l’autre, qu’il soit différent par son origine ou son genre. Ce rejet devient un exutoire aux problèmes qui assaillent bien des jeunes. Manque de libertés individuelles, manque de revenus, déscolarisation. Avec une violence généralement contenue qui se donne libre cours lors d’un match. Une violence d’autant plus forte en l’absence de toute socialisation artistique, civique, voire même sportive individuelle. Les 90 minutes passées ensemble, en communauté, en communion, dans le stade, sera une échappatoire à la médiocrité de leur quotidien en exprimant dans la violence gratuite leur mécontentement social et leur enchantement de voir leur équipe gagner et leur ville glorifiée.

L’adversaire vaincu prend la place des règles sociales que les jeunes rejettent, mais aussi le sentiment de mépris dont ils se considèrent comme des victimes individuelles et collectives. Un rejet de l’autre qui prend bien d’autres formes au quotidien, donnant une dimension régionale à cette violence.

Pour en sortir, les Maires ont un rôle à jouer. Ils doivent se mobiliser pour repousser ce phénomène en créant de nouveaux espaces de sociabilisation où les jeunes pourraient exprimer leurs sentiments, donner leurs avis. Ouvrir l’espace public aux jeunes pour que le stade redevienne ce lieu de convivialité et de joie partagée. Mais aussi coconstruire cette manière de faire avec les autres villes environnantes afin d’instaurer ce dialogue nécessaire dans un cadre multilatéral. Cela veut dire des jeux inter-villes, des projets de société commun. Autant de geste allant contre l’exclusion et l’isolement territorial.

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