Développement avec le sport : l’Afrique à l’horizon

Si le 21ème siècle est souvent décrit comme “le siècle de l’Afrique”, c’est parce que le continent vit une renaissance africaine multidisciplinaire.

De grands investissements ont été́ réalisés au cours de cette décennie autour de réformes menées avec succès dans plusieurs pays africains en faveur de la création de richesses nationales et d’une meilleure répartition de ces richesses, comme exemple le Plan National de Développement adopté depuis 2012 au Côte d’Ivoire dans le but d’assurer un développement social et économique à travers plusieurs domaines dont le sport.

Il faut penser le sport en Afrique au-delà de la pratique, que ce soit un match de football ou une course de sprint. Il faut penser à ce que ce secteur peut apporter aux villes africaines d’un point de vue économique ou socioculturel. Un défi où les valeurs du sport devront influencer le vivre ensemble en harmonie dans les villes.

Pour aller dans ce sens, les Maires et responsables des villes africaines doivent nouer de nouveaux partenariats pour le développement avec le sport, rechercher des sponsors pour rendre effectifs les plans d’amélioration des infrastructures sportives ou pour soutenir leurs dossiers de candidature à divers tournois internationaux.

Club sportif et construction régionale

Entre les cris de joie à chaque but, ceux qui marquent le triomphe ou la défaite, il se crée un lien émotionnel entre le jeune supporter et son club. Or, les couleurs, l’emblème de ce club sont le plus souvent l’expression de la ville, cette ville à laquelle ce jeune est socialisé. Un cercle qui doit être vertueux réunissant environnement social, appartenance au club et appartenance à la ville. Mais, cet enchainement de liens suscite chez le jeune des mécanismes de défense pour conserver son identité sociale pouvant se traduire par une rivalité entre clubs. Rivalité qui serait l’expression d’une diversité culturelle ou socio-économique. Ce lien entre construction régionale et violence est lourd de conséquences pour l’image du sport et des valeurs qu’il véhicule.

La sociologie et la psychologie nous expliquent qu’il existe un lien entre les identités personnelles et sociales et que ce lien est créé à partir du phénomène d’appartenance de l’individu au groupe. Parallèlement, le football s’est imposé comme le sport le plus populaire au monde, c’est-à-dire le moyen le plus « démocratique » pour que les territoires se comparent les uns aux autres.

Dans un tel contexte, l’appartenance à un club de football serait une manière durable pour obtenir une identité sociale assez solide. Et les villes ont compris que le football était un moyen de développer le sentiment d’appartenance et par là, l’intégration des nouveaux venus. Mais cette démarche n’est pas sans risque et elle porte en elle une zone rouge, une limite à déterminer pour que cet attachement à un club ne se transforme pas en un hymne à l’intolérance.

Les changements sociétaux, les crises sociales et économiques, favorisent les replis sur soi, les rejets de l’autre, qu’il soit différent par son origine ou son genre. Ce rejet devient un exutoire aux problèmes qui assaillent bien des jeunes. Manque de libertés individuelles, manque de revenus, déscolarisation. Avec une violence généralement contenue qui se donne libre cours lors d’un match. Une violence d’autant plus forte en l’absence de toute socialisation artistique, civique, voire même sportive individuelle. Les 90 minutes passées ensemble, en communauté, en communion, dans le stade, sera une échappatoire à la médiocrité de leur quotidien en exprimant dans la violence gratuite leur mécontentement social et leur enchantement de voir leur équipe gagner et leur ville glorifiée.

L’adversaire vaincu prend la place des règles sociales que les jeunes rejettent, mais aussi le sentiment de mépris dont ils se considèrent comme des victimes individuelles et collectives. Un rejet de l’autre qui prend bien d’autres formes au quotidien, donnant une dimension régionale à cette violence.

Pour en sortir, les Maires ont un rôle à jouer. Ils doivent se mobiliser pour repousser ce phénomène en créant de nouveaux espaces de sociabilisation où les jeunes pourraient exprimer leurs sentiments, donner leurs avis. Ouvrir l’espace public aux jeunes pour que le stade redevienne ce lieu de convivialité et de joie partagée. Mais aussi coconstruire cette manière de faire avec les autres villes environnantes afin d’instaurer ce dialogue nécessaire dans un cadre multilatéral. Cela veut dire des jeux inter-villes, des projets de société commun. Autant de geste allant contre l’exclusion et l’isolement territorial.

Le programme Héritage de la Ville de Paris dans le cadre des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024

Edito

Les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 sont un rendez-vous historique pour notre Ville. Un siècle après les avoir accueillis pour la dernière fois, c’est une nouvelle aventure collective qui attend les Parisiennes et les Parisiens.

L’histoire des Jeux modernes croise celle des hommes puis des femmes tout au long du XXe siècle. Elle suit notre chemin vers la paix, notre quête vers la maitrise de la technologie, notre ambition de construire des sociétés plus inclusives.

Les Jeux de Paris 2024, pour être au rendez-vous de l’Histoire, devront eux aussi répondre aux grands défis actuels, à commencer par la préservation de notre planète.

La question climatique nous engage, et elle a ceci de particulier qu’elle conditionne toutes les autres. Parce que notre engagement pour le climat doit nous permettre de penser la ville de demain, et parce qu’il doit irriguer tous nos champs d’action, nous voulons que nos Jeux soient eux aussi vecteurs des transformations de Paris, afin d’agir plus vite, plus haut et plus fort pour le climat.

Il n’y a qu’ainsi que nous pourrons véritablement repenser nos façons de vivre et de nous déplacer, intensifier la lutte contre toutes les formes de discriminations, renforcer le développement de la pratique sportive et de l’engagement citoyen. Le cap que nous avons fixé pour les Jeux doit mobiliser tous les acteurs de la Ville et nous rendre collectivement plus ambitieux.

Si j’ai si ardemment soutenu la candidature de Paris pour ces Jeux, c’est avant tout parce que cet événement hors du commun est un puissant levier de transformation des villes – pourvu qu’elles le décident. A Paris nous l’avons décidé.

C’est la première fois qu’une ville candidate se donne une telle ambition, faisant des cinq années qui s’ouvrent une période excitante et enthousiasmante pour la métropole, et pour ses habitants auxquels l’héritage des Jeux profitera.

Anne Hidalgo
Maire de Paris

Les Sénégalaises s’engagent

Au dernier Marathon de Dakar, à la mi-avril, seuls 15,6 % des participants étaient des femmes, un chiffre révélateur d’un tabou social fort.

Sur la course, divisée en trois formats : 10 km, semi-marathon et marathon, il y a seulement 15,6 % de sénégalaises inscrites, sur un total de 19 % toutes nationalités confondues. En comparaison, les femmes représentaient 24,5 % des inscrits du dernier marathon de Paris le même week-end, et 40 % sur le 10km de Paris.

Elles ne participent pas par manque d’envie, mais par manque de temps et, surtout parce que la société en décide autrement. La vice-championne du monde d’athlétisme Marie-Josée Ta Lou, d’origine ivoirienne, partage ce point de vue.

Pour aller contre ce tabou, Aïcha Jasmina Fall, a fondé une association de sport pour les femmes : « Linguère ». ». Le terme signifie « femme, reine qui met au monde les héritiers ». Car il est un autre tabou à surmonter : il réside dans les changements physiques. Une femme qui fait du sport court le risque de ne plus correspondre au standard de la belle femme africaine, avec des rondeurs Comme nombreuses sont celles qui ont peur d’être jugées, surtout pour les plus âgées, elle loue des locaux semi-fermés pour les mettre en confiance, à l’abri des regards.

La santé est aussi à l’origine de la création de l’association, car au Sénégal la nourriture est particulièrement riche… Soham El Wardini, Maire de Dakar, témoigne de l’urgence de faire changer les mentalités concernant le sport. La Maire remarque de plus en plus de femmes d’un certain âge sur la corniche, en tenue traditionnelle, en train de marcher. Dans les clubs de randonnée pédestre de la ville, elles sont plus nombreuses que les hommes. Les sportifs du dimanche, ce sont les femmes. Dans certaines familles, les hommes incitent leurs épouses à faire du sport, pour leur santé et leur esthétique. Le signe que les mentalités bougent.

 

Villes africaines et infrastructure sportive

Pour l’Afrique, les enjeux du développement des infrastructures sportives évoluent dans le contexte d’un continent marqué par un essor économique sans précédent.

Or, l’organisation d’événements sportifs est un moteur de ce développement : l’organisation de la coupe du monde de football en Afrique du Sud en 2010 a été à cet égard exemplaire. L’ensemble du continent, avec les villes africaines a été capable de mettre en valeur ses richesses culturelles.

Si les villes africaines veulent attirer plus de tournois internationaux, elles doivent disposer de bonnes infrastructures sportives. Dans ce contexte les maires et les municipalités doivent avoir la capacité de coordonner les différents acteurs responsables de la mise en place d’infrastructures de qualité, dans une stratégie de développement par le sport bien pensée, en partenariat avec des partenaires d’autres continents.

Ces stratégies éviteront les rejets des dossiers de candidature ou la suspension de l’organisation d’un tournoi tel que cela fut le cas pour le Cameroun qui a été privé de Coupe d’Afrique de Football, faute d’infrastructures sportives, selon la Confédération Africaine de Football.

Comme tout patrimoine urbain, l’infrastructure sportive est une incontestable ressource pour une la ville, et c’est aux élus locaux d’assumer la responsabilité de les sauver en les mettant au niveau international et cela, pour une meilleure promotion de leurs villes.

Hamrouni Arafat
Sociologue et Journaliste sportif

Tbilissi Un Maire qui vient du sport

D’après les vieux Romains : Mens sana in corpore sano : « un esprit sain dans un corps sain ».

En effet le sport et la vie saine sont les garants de la santé. Et l’homme en bonne santé est très dynamique, il possède beaucoup de potentiel et la capacité de faire plus, d’obtenir plus de succès.

C’est dans ce sens que notre but majeur est d’apporter une aide au développement massif du sport et au développement de la vie saine ; Et plus les hommes qui y sont inclussont nombreux plus je crois qu’en notre ville des hommes heureux, pleine d’énergie et de joie de la vie sont encore plus nombreux.

Depuis que je suis le Maire de Tbilissi, avec mon expérience personnelle, je m’adresse à toutes et à tous de s’occuper du sport.  Il n’est pas obligatoire que tout le monde soit un sportif professionnel. La Mairie de Tbilissi planifie activement des différentes manifestations sportives ; des festivals, des compétitions, des marathons pour que nous puissions intéresser beaucoup plus de personnes au sport. Cela fait un an et demi que je suis le Maire et nous avons organisé à peu près 400 manifestations sportives. Parmi d’autres, l’année passée nous avons fait une manifestation sportive,   ,,Tbilissi’’ où ont participé comme des sportifs expérimentés ainsi   des débutants, et des simples amateurs du sport.

Evidemment nous avons pour priorité de soutenir des sportifs professionnels qui prennent part aux championnats et aux compétions internationales au nom de notre pays et représentent dignement la Géorgie au Monde.  La Mairie de Tbilissi apporte sa contribution pour la participation de nos sportifs aux compétitions locales et internationales.  Nous faisons notre possible pour encourager nos sportifs et tous les ans au nom de la Mairie nous leur attribuons des récompenses.

Bien sur une partie de nos programmes est dédiée au para sport.   En 2015 la Mairie de Tbilissi a fondé le Centre du développement du para sport.  On peut dire sans aucune hésitation que les victoires remportées par nos sportifs chaque année et leurs succès aux rencontres sportives internationales sont le mérite de ce Centre et nous en sommes fiers. La Mairie de Tbilissi est en stricte coopération avec des Fédérations sportives, des clubs et des organisations. Avec le soutien de la Municipalité de Tbilissi l’inventaire et l’équipement sportif ont été remis aux 46 Fédérations et Clubs sportives.  Bon nombre des professionnels et des amateurs pourront en profiter. 

Nous essayons également de développer l’infrastructure dans tous les domaines du sport, organiser les formations des entraineurs pour qu’ils puissent travailler avec chaque nouvelle génération.

En général, l’infrastructure favorise non seulement le développement du sport professionnel mais le développement du sport massif.  C’est pourquoi le nombre des nouvelles infrastructures sportives : centres sportifs, des stades et des espaces ouvertes augmentent chaque année.

Actuellement nous sommes en train de créer de nouvelles espaces sportives ainsi que leur accessibilité. Ajour ‘hui la Municipalité de Tbilissi, possède 14 centres sportifs où les citoyens possèdent les tarifs privilégiés et profitent du service de qualité dans de différents domaines du sport. Cette année lamunicipalité aura encore une nouvelle salle du sport et trois salles et  des courtsde tennis  réhabilités. Nous allons commencer la construction des centres sportives multifonctionnelles en deux régions de Tbilissi.

Les efforts pour la vie saine sont prioritaires aux programme de la Municipalité. Pour ce but nous augmentons des sentiers vélo et parkings vélo.

Nous devons tout faire pour sensibiliser la motivation de chaque citoyen pour qu’ils vivent sainement et maintiennent non seulement la santé mais l’amour de la vie.

 

Kakha Kaladzé
Maire de Tbilissi

Des courses plus vertes (Strasbourg)

Pour leur 40e édition, les Courses de Strasbourg Europe visent l’éco-responsabilité.

Rendez-vous incontournable du printemps, les Courses de Strasbourg (du 10 au 12 mai) rassemblent des épreuves de course à pied (semi-marathon, 10 km, 5 km, scolaires), de marche nordique, ainsi que la marche de l’Europe, une balade à roller et une soirée run and dance. Désormais, elles seront également un modèle de responsabilité environnementale, fortes d’un partenariat avec la société Schroll. « Les courses, ce sont près de 14 000 sportifs mais aussi le public qui les accompagne, 800 bénévoles, une infrastructure et une logistique lourdes côté organisation, sécurité, chronométrage, explique Claude Schneider, président de l’association des Courses de Strasbourg Europe. Il n’était plus envisageable de générer des déchets sans agir. »

Plusieurs actions sont donc mises en place dès cette année. À commencer par des ateliers de sensibilisation et une collecte de bouchons en marge des courses pour les enfants le 25 avril. Finies aussi les éponges, finies encore les bouteilles en plastique, remplacées par l’eau de la Ville : sur les compétitions du 12 mai, des bacs de recyclage sur les zones de ravitaillement permettront de récupérer les gobelets, eux-mêmes en amidon de maïs compostable. Mieux, pour un bac de gobelets récupéré, trois arbres seront plantés. Place enfin à la dématérialisation des inscriptions et des résultats. Par ailleurs, une équipe de « ploggeurs» fermera les épreuves pour ramasser, jeter et trier les déchets présents le long du parcours.  

Par Véronique Kolb
Extrait de Strasbourg magazine Mai 2019

Dakar – Les Sénégalaises s’engagent

Au dernier Marathon de Dakar, à la mi-avril, seuls 15,6 % des participants étaient des femmes, un chiffre révélateur d’un tabou social fort.

Sur la course, divisée en trois formats : 10 km, semi-marathon et marathon, il y a seulement 15,6 % de sénégalaises inscrites, sur un total de 19 % toutes nationalités confondues. En comparaison, les femmes représentaient 24,5 % des inscrits du dernier marathon de Paris le même week-end, et 40 % sur le 10km de Paris.

Elles ne participent pas par manque d’envie, mais par manque de temps et, surtout parce que la société en décide autrement. La vice-championne du monde d’athlétisme Marie-Josée Ta Lou, d’origine ivoirienne, partage ce point de vue.

Pour aller contre ce tabou, Aïcha Jasmina Fall, a fondé une association de sport pour les femmes : « Linguère ». ». Le terme signifie « femme, reine qui met au monde les héritiers ». Car il est un autre tabou à surmonter : il réside dans les changements physiques. Une femme qui fait du sport court le risque de ne plus correspondre au standard de la belle femme africaine, avec des rondeurs Comme nombreuses sont celles qui ont peur d’être jugées, surtout pour les plus âgées, elle loue des locaux semi-fermés pour les mettre en confiance, à l’abri des regards.

La santé est aussi à l’origine de la création de l’association, car au Sénégal la nourriture est particulièrement riche… Soham El Wardini, Maire de Dakar, témoigne de l’urgence de faire changer les mentalités concernant le sport. La Maire remarque de plus en plus de femmes d’un certain âge sur la corniche, en tenue traditionnelle, en train de marcher. Dans les clubs de randonnée pédestre de la ville, elles sont plus nombreuses que les hommes. Les sportifs du dimanche, ce sont les femmes. Dans certaines familles, les hommes incitent leurs épouses à faire du sport, pour leur santé et leur esthétique. Le signe que les mentalités bougent.

Échange de valeurs (Strasbourg)

L’Etoile noire de Strasbourg a proposé, le mois dernier, des séances d’initiation au hockey aux détenus mineurs de la maison d’arrêt de Strasbourg.

Dans le petit gymnase de la maison d’arrêt, ils s’en donnent à cœur joie. Pour la plupart vêtus de survêtements de football, les détenus du quartier des mineurs découvrent la pratique du hockey.
Pas sur glace, évidemment. Mais en salle. Pas de palet donc, mais une petite balle que certains savent manier habilement, autrement qu’avec la crosse dédiée.
Sweat de Manchester City sur les épaules, Bryan* n’est pas peu fier. « Depuis tout petit, je joue dans un club de foot, ça me manque un peu », glisse l’intéressé. Cet après-midi-là, huit détenus (il y en a 18 au total dans le quartier des mineurs, ndlr) sont concernés par l’initiation sportive. Volontaires pour l’activité, ils sont répartis en deux groupes de quatre. Ils ont tous entre 16 et 18 ans.
Ces mineurs, concernés par l’obligation scolaire le matin, font du sport trois fois par semaine, encadrés par des étudiants de Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives) de l’Université. « La pratique d’une activité sportive ne leur est jamais imposée. Pour ceux qui souhaitent pratiquer, elle valorise toujours un comportement positif », révèle Laurent Blanchard, responsable de l’enseignement à la maison d’arrêt de Strasbourg.

PAS QUE LE FOOT ET LA MUSCU

Le défi, c’est de faire pratiquer aux détenus une autre activité que le football – dont ils sont passionnés dans leur grande majorité – et la musculation. « Leur approche du sport est souvent un peu machiste. Pour beaucoup, elle est liée à l’apparence physique », reprend Laurent Blanchard.

La Ville est à l’initiative de cette opération : en échange de subventions, la direction des Sports propose aux clubs professionnels strasbourgeois de participer à des actions sociales ou à des séances de dédicaces lors d’événements populaires. L’intervention des hockeyeurs auprès des détenus constitue une première.

« Le sport véhicule des valeurs importantes en ce qui concerne l’apprentissage de la discipline et des règles », assure Farid Adjoudj, chef de projet sport-inclusion à la Ville. Trois joueurs professionnels de l’Étoile noire (le Canadien Dylan Denome et les Slovaques Radek Deyl et Dominik Fujerik) encadrent l’initiation. « Ils ont tout de suite dit ok, raconte le manager général Stéphane Hohnadel. Cela montre aux joueurs qu’il y a des quotidiens nettement moins drôles que le leur et qu’il y a une vie au-delà du hockey. C’est essentiel pour l’ouverture d’esprit. »


« C’EST SUPER CREVANT EN FAIT »

Au début, hockeyeurs et détenus sont intimidés. Quelques exercices collectifs plus tard, les barrières tombent. L’heure s’achève par un petit match, attendu de tous. Dans chaque équipe, il y a des mineurs et des joueurs pros. Les premiers n’en reviennent pas. « C’est incroyable comme ils jouent bien » dit, admiratif, un détenu à son camarade. À chaque but,
tous se congratulent.
« Cette activité nous permet aussi d’avoir un prolongement du côté scolaire, indique François Marsat, le professeur de français du quartier des mineurs. En parallèle de cette séance d’initiation, on a pu faire une sensibilisation au hockey-sur-glace, en apprenant les règles du jeu, en regardant des vidéos de match. Cela vient en complément du moment de pratique. »
Les détenus éprouvent le besoin de se désaltérer. « C’est super crevant en fait », juge Bryan, les mains sur les genoux. De façon informelle, ils interrogent les joueurs sur le quotidien d’un sportif de haut-niveau. « Comme ils sont passionnés de sport, ils sont très curieux de tout ça », témoigne François Marsat. D’autres séances de hockey sont déjà prévues à la maison d’arrêt.

Par Tony Perrette
* Les prénoms des détenus ont été modifiés.

Le sport, une religion ?

Le sport a toujours eu ce pouvoir magique de réunir différentes cultures. Il représente pour toutes les sociétés un facteur qui fédère mais aussi un marqueur de la vie sociale d’une ville. Chacun peut en prendre la mesure en observant les gradins d’une salle de basket-ball lors d’un match de NBA aux États-Unis, ceux d’un stade de rugby ou de football en France. Toutes les cultures, tous les genres, toute une société sont réunis sous un seul drapeau.

Le rôle fédérateur des sports tient à ses valeurs qui permettent de dépasser les discours de ségrégation culturelle, raciale, sociale ou religieuse, valorisant ainsi un discours de paix et de tolérance loin de tout extrémisme.

Dire que l’enfance est l’une des plus importantes étapes de socialisation est une évidence. Il est donc compréhensible que l’état d’esprit véhiculé par le sport, à l’école, en clubs, devienne une solution efficace pour que la diversité culturelle soit une chance qui valorise l’ensemble de la société qui la porte. Pour qu’elle soit une richesse en partage et non une force de déstabilisation sociale.

La pratique d’un sport, à travers son vécu quotidien aux vestiaires, aux entraînements ou en compétition, apprend à être soi-même avec l’autre, à se connecter réellement avec une autre culture, une autre religion, à comprendre la tolérance et l’importance du respect, ce sentiment de considération que l’on peut avoir envers un individu.

Le sport à l’école a donc une place essentielle dans cette démarche. L’apprentissage par les jeunes sportifs à vivre en équipe compte pour beaucoup. Autant que les succès individuels ou collectifs. La qualité de la relation avec l’équipe technique, avec les coéquipiers sont autant d’indicateurs de résultat de cette éducation. La maîtrise des propos, le soutien des équipes féminines, sont parties intégrantes de cette éducation au service du mieux vivre ensemble en harmonie.

Et parce que le sport n’est qu’un miroir qui reflète la richesse culturelle et historique des territoires, ces valeurs de tolérance et de respect assimilées et intériorisées par les jeunes sportifs se reflètent à leur tour sur la vie sociale de ces futurs acteurs de la vie politique locale. Ceux sont eux qui mettront fin à tout discours de ségrégation afin d’œuvrer pour l’intérêt commun.

Le sport, avec ses règles, ses rites, ses valeurs pourrait apparaître comme une religion. Une religion qui n’affirme aucune supériorité, aucune exclusive. Une religion faite de tolérance, de paix, de respect, de maîtrise de soi, où toutes les différences sont ce qu’elles sont, que l’on soit spectateur ou acteur d’un combat de boxe ou d’un match de Hockey sur glace. Ensemble, il importe de laisser place à la bonne estime de soi et de l’adversaire afin de contribuer à la diffusion de ces valeurs qui font société.

Hamrouni Arafat
Sociologue et Journaliste sportif