Le Sport ses valeurs en ville est le premier média

collaboratif dédié au sport francophone. 

 Un média collaboratif

Ce nouveau média est exclusivement consacré aux villes qui veulent faire du sport, un facteur essentiel pour leur développement, leur cohésion sociale et leur image dans le monde. 

 Édito Grégoire Junod
Syndic de la ville de Lausanne

Le sport, un pari risqué ?

Alors que plus de 150 pays luttent contre la propagation de la pandémie du Covid-19, le sport semble bien loin des préoccupations actuelles. Pour beaucoup, cela se résume à un spectacle, un divertissement et une affaire de business.

Dans la crise actuelle, une des premières mesures appliquées par les États frappés par la pandémie a été d’annuler les grands événements, notamment sportifs, afin de ralentir et limiter la propagation du virus. La pratique sportive collective ou individuelle a également été fortement limitée voire totalement interdite. Dans certains pays, même un jogging solitaire est aujourd’hui proscrit. Ces mesures de confinement répondent à un impératif et à une urgence sanitaire qu’il n’est évidemment pas question de contester ici. Bien au contraire. L’effort collectif et solidaire que nous engageons tous, à l’échelle des Etats mais également des Villes, pour combattre la pandémie, relève d’une impérieuse nécessité.

Mais cette période particulière, où le sport nous est presque interdit, que ce soit comme spectateur ou acteur, relève aussi son importance en termes de cohésion sociale et d’émancipation. C’est quand on y a pas accès qu’on réalise souvent l’importance des choses qui nous sont indispensables. A cet égard, la fin des grands rassemblements sportifs et populaires ainsi des émotions collectives qui les accompagnent est loin d’être une affaire anodine. Et le sport demeure un formidable ferment de lien social. Le sport comme l’activité physique jouent également un rôle crucial pour la santé et l’équilibre mental des individus et constituent des ressources importantes en période de crise.
Au-delà de la situation inédite que nous traversons aujourd’hui, le sport demeure donc un enjeu majeur en termes de politiques publiques, en particulier pour les villes ; c’est une réponse transversale à de nombreuses questions, bien au-delà des seuls enjeux de santé publique. Le sport est un outil d’intégration sociale, de lutte contre l’isolement, d’insertion au niveau des quartiers. Les infrastructures sportives participent de l’aménagement des espaces urbains et de la mobilité. Enfin, le sport est une activité économique qui sert de vitrine pour promouvoir le dynamisme ou l’attrait touristique d’une ville.

Malgré cela, la politique sportive d’une ville est souvent réduite à sa partie la plus visible que représentent les grands événements sportifs.

Voir au-delà de l’événement
Les grands événements sportifs ne se résument pas à une manifestation de quelques jours, ils sont l’occasion pour une ville de se projeter dans le futur, de définir une politique ambitieuse et d’engendrer des changements durables et positifs pour leur communauté. A ce titre, les investissements consentis pour une manifestation ponctuelle dépassent largement le cadre spatio-temporel d’un seul événement. Les grandes manifestations se révèlent souvent être un déclencheur, un catalyseur, une rampe de lancement au service d’ambitions plus larges pour une ville.

L’organisation d’événements sportifs constitue dès lors une prise de risque pour les élus est à deux niveaux : à court terme, s’assurer que l’événement se déroule au mieux, avec souvent une très forte pression sur la tenue des budgets, et à long terme, veiller à ce que l’ensemble de ces investissements – qu’ils soient financiers, humains ou matériels – tiennent leurs promesses et servent la population et la ville. C’est tout l’enjeu de l’héritage des grands événements.

Un risque, mais aussi tellement de bénéfices
La préparation et l’anticipation sont dès lors une clé du succès pour les villes comme l’illustrent les quelques exemples livrés ici.

Sport et santé sont indissociables. Buenos Aires, premier pays de l’hémisphère sud à accueillir les Jeux Olympiques de la Jeunesse en 2018, s’est servi du sport comme d’un outil de santé publique, alors même que la ville, et plus largement le pays, sont confrontés à un problème d’obésité substantiel.

L’urbanisme se voit repensé. Ainsi, Montréal est devenue une pionnière en matière de “design actif”, mouvement qui vise à utiliser les éléments urbains et immobiliers – escaliers, trottoirs, trajets vers les transports en commun, etc. – comme autant d’éléments favorisant l’activité physique sans même s’en rendre compte.
La jeunesse est l’une des cibles majeures des politiques sportives. Les Jeux Olympiques d’hiver de la Jeunesse 2020 ont offert à la population lausannoise et aux visiteurs non seulement un spectacle sportif et culturel de haute volée mais également une opportunité unique de tester – en ville et gratuitement. L’événement a été l’occasion de développer dans les écoles de nouveaux programmes de sport et de promotion de l’activité physique, dans le but de sensibiliser les générations futures à adopter un mode de vie plus sain, de les éduquer au respect des principes éthiques, de favoriser la compréhension mutuelle, dans la droite ligne des valeurs fondamentales portées par l’Olympisme : la dignité humaine, la solidarité et le fair-play.

Les grands événements sportifs et les infrastructures sportives ne sont rien sans des athlètes, bénévoles, sportifs amateurs pour les faire vivre. Les athlètes sont de fantastiques ambassadeurs en termes de motivation et d’engagement. Ils incarnent des valeurs qui parlent à toutes les générations et servent de modèles permettant de transmettre des messages éducatifs. La Ville de Nantes a relevé le pari d’accueillir des grands événements sportifs internationaux et d’héberger des clubs d’élite pour animer le territoire et fédérer la population.

L’économie et le sport sont intrinsèquement liés. La Ville de Paris accueille depuis 2015 le Tremplin, une plateforme d’innovation dédiée au sport qui rassemble des startups, des acteurs institutionnels et des grandes entreprises du secteur. La Ville d’Abidjan a vu naître sur son territoire l’AGORA KOUMASSI, qui est le premier centre “sport for all, sport for good”, créé dans le but de promouvoir le développement de la pratique sportive. L’Agora, aujourd’hui financièrement autonome, est gérée selon les principes de l’économie sociale et solidaire et inclut un micro-incubateur géré par le Yunus Sports Hub.

Le sport est enfin une vitrine. Au-delà d’événements organisés dans les infrastructures dédiées au sport, les villes utilisent les manifestations sportives pour promouvoir l’image de la ville et développer le tourisme. Espaces verts, monuments, spécialités culinaires, offre culturelle peuvent être mis à l’honneur à l’occasion d’événements sportifs à l’instar de ce qu’ont fait Londres ou Barcelone.

Le sport, un risque très calculé et un vrai pari sur l’avenir
Aujourd’hui, les villes voient le sport comme une politique transversale dépassant largement les contours de la pratique sportive structurée.

Dans un monde où il n’existe pas de modèle unique et préconçu, les réseaux de villes sont une force et une source d’inspiration à laquelle puiser les idées les plus innovantes, les pratiques les plus rationnelles et les outils les plus adaptés pour créer ses propres politiques en fonction de ses propres besoins. Chaque décision politique est une prise de risque, mais ce risque peut être mesuré et anticipé.

Les réseaux de villes, comme l’AIMF ou l’Union Mondiale des Villes Olympiques, en partageant expériences et connaissances, contribuent à minimiser ces risques, à optimiser les choix et à élargir le champ des possibles afin de construire l’avenir de nos villes.
Aujourd’hui, plus que jamais, ces réseaux invoquent la valeur première et le lien fondamental qui fédèrent leurs membres : la solidarité.

Grégoire Junod

Biographie • Grégoire Junod  – Syndic de la ville de Lausanne depuis Juillet 2016, Grégoire Junod est également à la tête de la direction de la culture et du développement urbain.  Diplômé en histoire et en économie de l’Université de Lausanne, il devient conseiller communal à Lausanne en 1998, puis député au Grand Conseil Vaudois en 2007, avant d’être élu à la Municipalité de Lausanne en 2011. Grégoire Junod est président de l’Union Mondiale des Villes Olympiques, association dont le siège est à Lausanne, Capitale Olympique. 

 L’Association International des Maires Francophones

L’AIMF est le réseau mondial des élus locaux francophones.
Ensemble, ils nourrissent la vision d’une ville de demain porteuse d’une croissance durable et partagée, qui place l’homme au cœur du projet urbain. Ils développement une nouvelle forme de coopération qui combine une réflexion commune au plus haut niveau et une action de terrain qui donne la priorité à l’innovation et à l’expertise locale..

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